19 mai 2026 Valérie

📌 Point presse : Kazuki Yamada quitte l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo : « Le moment était venu de partir »

« Sur scène, lors de la tournée japonaise de 2024, alors que je dirigeais l’OPMC, l’orchestre a livré une prestation si magistrale que je me suis dit qu’il s’agissait du meilleur orchestre au monde. […] Me sentant désormais comme un père pour cette grande famille qu’est l’OPMC, j’ai décidé que le moment était venu de partir. » Kazuki Yamada. Chef d’orchestre.

© Photo Sasha Gusov OPMC

Après dix années à la direction artistique et musicale de l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo, Kazuki Yamada s’apprête à quitter ses fonctions. Dans cet entretien à Monaco Hebdo, il revient sur la relation construite avec les musiciens monégasques, l’évolution artistique de l’orchestre et les étapes marquantes de son mandat, de la crise sanitaire à la tournée japonaise de 2024. Il évoque également sa conception du métier de chef d’orchestre, la transmission à sa successeure, Nathalie Stutzmann, et les perspectives qui s’ouvrent après ce chapitre monégasque. Propos recueillis par Raphaël Brun

Après dix ans à la tête de l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo (OPMC), quel regard portez-vous aujourd’hui sur ce chapitre qui touche à sa fin, tant sur le plan artistique que personnel ?

Après dix années passées ensemble, je ressens un mélange d’émotions : le sentiment d’épanouissement que j’ai acquis au cours de cette période et, bien sûr, la tristesse de la séparation. Au fil des ans, l’orchestre et moi avons grandi ensemble, en nous soutenant et en nous aidant mutuellement. C’est là quelque chose d’une valeur inestimable, que rien ne saurait remplacer. Je peux affirmer que l’OPMC est actuellement dans la meilleure forme possible. Je suis ravi de pouvoir passer le relais dans ces conditions à la maestro Nathalie Stutzmann, alors que l’orchestre se trouve dans cet état. Je leur souhaite, à elle et à l’OPMC, de continuer à connaître le succès et à s’épanouir. 

Qu’est-ce qui vous a convaincu que c’était le bon moment pour vous pour quitter Monaco ?

Sur scène, lors de la tournée japonaise de 2024, alors que je dirigeais l’OPMC, l’orchestre a livré une prestation si magistrale que je me suis dit qu’il s’agissait du meilleur orchestre au monde. En écoutant cette prestation extraordinaire – qui m’a d’ailleurs fait monter les larmes aux yeux –, j’ai senti que nous avions enfin atteint un stade où je pouvais déclarer fièrement que l’OPMC s’était hissé au rang des meilleurs orchestres du monde. Me sentant désormais comme un père pour cette grande famille qu’est l’OPMC, j’ai décidé que le moment était venu de partir.

Quels ont été les moments charnières pendant ces dix années passées à Monaco ?

Faire évoluer les relations prend du temps. Je ne pense pas qu’il y ait eu un moment décisif en particulier ; je crois plutôt que nos relations se sont développées grâce aux petits efforts quotidiens que nous avons fournis. Dans l’ensemble, je suis très heureux de constater que notre public s’est visiblement élargi au cours de la dernière décennie. L’orchestre a également travaillé dur jour après jour. C’est grâce à ces efforts que ce changement a pu se produire. Une chose dont je suis certain, c’est que lorsque nos activités de concert ont été interrompues par la pandémie de Covid-19, le fait que nous ayons tous uni nos forces pour surmonter ces difficultés et que nous ayons réussi à reprendre nos concerts, a grandement contribué à renforcer nos liens.

« Je ne sais pas si l’on peut appeler cela la « signature Yamada », mais lorsque je crée un son, je m’efforce de faire de la musique en y intégrant autant que possible des éléments comme la couleur, la température et le parfum – des choses qui peuvent sembler sans rapport avec le son. » Kazuki Yamada. Chef d’orchestre. 
© Photo Manuel Vitali / Direction de la communication

Diriger un orchestre sur une si longue durée implique nécessairement des tensions et des défis : quels ont été les épisodes les plus difficiles à surmonter ?

Pour moi, la période la plus difficile a sans doute été celle où j’ai pris mes fonctions de directeur artistique et musical. C’était la première fois que j’occupais un poste aussi important. Je devais comprendre ce qu’était le rôle d’un directeur, en quoi consistait son travail et ce qu’on attendait de moi. Mais, comme je n’avais aucune expérience, j’ai dû commencer par chercher des réponses à tâtons. En matière de communication, il est vrai qu’au début, j’avais souvent du mal à faire passer ma vision, et les malentendus entraînaient souvent des décalages dans nos attentes. Néanmoins, les membres de l’orchestre ont compris mes efforts pour tirer les leçons de ces défis et changer la donne par essais et erreurs. Et, petit à petit, j’ai réussi à ne faire qu’un avec l’orchestre.

À l’inverse, quels souvenirs gardez-vous comme les plus lumineux ou les plus inattendus de ces années monégasques ?

Mon souvenir le plus cher reste la tournée au Japon de 2024. Bien sûr, les tournées dans d’autres pays m’ont également laissé de nombreux moments mémorables, mais me rendre au Japon – mon pays natal – avec toute la troupe a vraiment été une expérience unique et un moment fort pour moi. J’ai aussi un souvenir inattendu : c’est celui d’un spectacle de ballet pendant la pandémie de Covid-19. Juste au début de la première, alors que je dirigeais, le rideau s’est fermé juste devant moi – alors que le spectacle était encore en cours – et la représentation a été annulée. La vue du rideau se fermant sous mes yeux à ce moment-là est profondément gravée dans ma mémoire, et je ne l’oublierai jamais.

Comment décririez-vous l’évolution du son et de l’identité artistique de l’orchestre sous votre direction : y a-t-il une « signature Yamada » que vous revendiquez aujourd’hui ?

Personnellement, je tenais vraiment à ce que chacun puisse jouer librement, c’est pourquoi je me suis efforcé d’aider les musiciens à se sentir à l’aise. L’OPMC étant, à l’origine, un orchestre d’opéra, ses membres savaient déjà bien s’écouter les uns les autres. Mais je pense que leur jeu d’ensemble s’est amélioré, non seulement en termes de richesse sonore, mais aussi dans leur capacité à créer une musique qui met en valeur la personnalité de chaque musicien. Je ne sais pas si l’on peut appeler cela la « signature Yamada », mais lorsque je crée un son, je m’efforce de faire de la musique en y intégrant autant que possible des éléments comme la couleur, la température et le parfum – des choses qui peuvent sembler sans rapport avec le son.

Monaco est un environnement singulier : en quoi ce contexte a-t-il influencé vos choix artistiques et votre manière de diriger ?

Le soutien apporté par la famille princière aux activités culturelles crée un environnement à la fois propice et encourageant. Sans leur compréhension, l’épanouissement de l’orchestre ne serait pas possible. Et, bien sûr, le public monégasque est notre plus grande source d’énergie. Monaco est un lieu où la Méditerranée s’étend à perte de vue, et où les gens ont eux aussi le cœur ouvert. Travailler en m’imprégnant de cette atmosphère unique, calme et sereine qui règne à Monaco m’a permis de créer de la musique dans un état d’esprit très détendu.

Avez-vous le sentiment d’avoir pu prendre tous les risques artistiques que vous souhaitiez, ou certaines contraintes — institutionnelles, économiques, ou symboliques — ont-elles parfois freiné vos ambitions ?

Je n’ai rencontré aucun obstacle. Comme on m’avait confié toute latitude dans mes fonctions de directeur, ces dix années m’ont permis de mener à bien, l’un après l’autre, les projets que je souhaitais réaliser.

En dix ans, votre propre parcours a évolué : comment cette expérience monégasque a-t-elle nourri votre maturité musicale et votre vision du métier de chef d’orchestre ?

Au cours de ces dix dernières années, j’en suis venu à considérer l’orchestre – y compris chaque musicien et chaque membre du personnel – comme le ferait un père au sein d’une grande famille, en étant très attentif aux besoins de chacun et en ayant le sentiment qu’ils ont vraiment besoin de moi. Je crois que le fait de regarder au-delà de la musique que nous jouons pour prendre en compte la situation globale de l’orchestre enrichit en fin de compte la musique que nous créons, ce qui me permet d’aborder la musique dans une perspective plus large.

Votre départ marque-t-il la fin d’un chapitre ou c’est aussi une forme de libération artistique ?

C’est sans aucun doute la fin d’un chapitre, mais c’est aussi le début d’un nouveau. Même si je suis triste de quitter l’OPMC, je pense que mettre à profit les nombreuses expériences acquises ici dans cette nouvelle étape sera ma façon de remercier l’OPMC, et je vais continuer à faire de mon mieux.

Qu’emportez-vous, et que laissez-vous derrière vous ?

Je vais passer à l’étape suivante, en m’appuyant sur toute l’expérience acquise au cours de mes dix années passées à Monaco. J’ai l’intention d’emporter tout cela avec moi – y compris mon savoir-faire de directeur et mon expertise musicale de chef d’orchestre – et d’en tirer le meilleur parti. Même si le son d’un orchestre est quelque chose d’invisible, je serais ravi de pouvoir laisser une partie de mon âme dans la sonorité de l’OPMC.

Si vous deviez résumer ces dix années à Monaco en une œuvre ou un compositeur, lequel choisiriez-vous — et pourquoi ?

La Symphonie n° 9 de Ludwig van Beethoven (1770-1827). J’ai choisi cette œuvre pour mon dernier concert d’abonnement, en guise de point d’orgue de ces dix dernières années. Cette œuvre possède une puissance immense et un sens rare de l’innovation. C’est un chef-d’œuvre qui incarne l’essence même de la révolution. Alors que je tourne la page sur mon chapitre à Monaco, je souhaitais terminer sur un « ! » plutôt que sur un « . ». Cette œuvre est née comme une symphonie qui intègre de manière innovante la « voix humaine » – le chœur et les solistes – que j’aime tant, et elle symbolise une explosion de potentiel. Si je devais utiliser une métaphore pour décrire mon passage à Monaco, je choisirais cette œuvre.

 

Raphaël Brun – Monaco Hebdo
18 mai 2026

Les Amis de l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.