10 mars 2021 katia

📌 Point presse : Un grand Fray à Monaco

Jean-Sébastien Bach : concertos pour clavier n°1 et 4, BWV 1052 et 1055

Wolfgang Amadeus Mozart : Concerto pour piano n°24, K. 491

Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, David Fray (piano et direction)

 

« – Où allez-vous, me demande le policier qui m’arrête à la frontière de Monaco ? – Là , lui répondis-je en lui montrant l’affiche du concert du Philharmonique de Monte-Carlo qui trônait à l’entrée de la Principauté ! »
La première grande affiche que l’on voyait, en effet, en arrivant à Monaco était celle de l’orchestre. Voilà qui est symbolique de l’importance qu’on accorde ici à la culture.

« – Vous avez de la chance, me dit le policier ! » (Il avait l’air sincère).

Cela prouve qu’ici, même la maréchaussée est au courant de la qualité de l’orchestre !
Si, ce dimanche, les policiers arrêtaient les voitures en provenance de France c’est que les mesures sanitaires se sont renforcées entre les deux pays. Mais les concerts publics sont maintenus en Principauté.
Celui-ci fut donné en présence de la Princesse Caroline, laquelle veille sans faiblir sur la culture monégasque.
Ce jour-là le Philharmonique n’était pas dans son répertoire symphonique habituel. Deux concertos de Bach étaient au programme (ainsi que le 24ème. de Mozart). Il y avait… cinquante deux ans que le célèbre concerto en ré mineur pour clavier de Bach n’avait pas été à l’affiche du Philharmonique de Monte-Carlo !
Et pourtant, on vous assure, l’orchestre monégasque a été magnifique dans ce répertoire qui n’est pas le sien. Ah, ce Bach qu’on entendit sur des violons sans cordes en boyaux ni archets anciens, avec des musiciens qui n’hésitaient pas à faire des vibratos ! Ce fut un Bach vivant, vibrant, chaleureux – bénéficiant en plus de la qualité sonore et de la précision de jeu de l’orchestre monégasque. Pour tout dire un Bach qui nous fit du bien !
Pour l’entraîner dans cette aventure, l’orchestre avait été confié aux mains d’un artiste qui interprète admirablement Bach au piano et qui fut à la fois soliste et chef : David Fray.
Depuis son piano, David Fray exhortait ses musiciens avec de grands gestes d’avocat puis, l’instant d’après, se courbait au dessus de son clavier comme un diamantaire qui se serait concentré sur son établi. C’est cela, oui : dans son jeu, son toucher, son phrasé (dans les adagios en particulier) David Fray façonnait ses notes comme des pierres précieuses.

Le 24ème. concerto de Mozart est un concerto dramatique. On se croirait dans un opéra. David Fray traduisit cela dans la densité de son jeu et celle de l’accompagnement orchestral. Il ne battait pas la mesure, se contentait d’indiquer aux musiciens les différents plans sonores, les grandes respirations, les ralentis. Cela fut efficace.

Il prit la parole à la fin pour dédier son bis (un sublime adagio de Bach) au nouveau directeur artistique de l’orchestre Didier de Cottignies. C’était bien mérité.
André PEYREGNE